Le Billet Musical #1 : La Pologne à l’honneur

Spectacles donnés à Tours, en faveur des réfugiés Polonais de 1831 à 1835

La révolte des Polonais contre les abus de la tutelle russe commence à Varsovie le 29 novembre 1830. Plusieurs milliers de Polonais s’exilent. Cet important exode (8 à 9000 exilés dont 5000 en France) porte le nom de Grande Émigration. Le 4 février 1831, l’armée russe attaque la Pologne. Cette offensive cesse avec la bataille de Grochow les 24 et 25 février remportée par l’armée polonaise.

Le mardi 15 mars 1831, à Tours, est donné un spectacle dans la salle des Cordeliers en faveur des Polonais. Au programme figurent la tragédie en 5 actes Pierre de Portugal de Lucien Arnault et le vaudeville Michel et Christine de Eugène Scribe et Henri Dupin.

« Les Polonais ! Ce mot magique qui rappelle à la France une si glorieuse confraternité, ce mot qui donne aujourd’hui tant d’intérêt à tout ce qui s’y attache, avait paru sur l’annonce du spectacle de mardi, et une foule immense était accourue empressée de montrer quelle sympathie l’unit à ce peuple généreux. Des femmes brillantes, des citoyens de toutes les classes, nos gardes nationaux en uniforme, les élèves du collège, tous se pressaient dans l’enceinte du théâtre, envahissaient toutes ses parties, encombraient ses avenues. (…). Mardi, le spectacle était dans la salle autant que sur le théâtre. Ces uniformes variés, ces armes étincelantes, ces aigrettes, ces plumes, toutes ces couleurs éclatantes, groupées par le hasard, mêlées aux toilettes des dames, formaient un coup d’œil ravissant, et présentaient un aspect militaire tout-à-fait en rapport avec le sujet de la réunion. (…).

Le vaudeville de Michel et Christine a été écouté avec plaisir. Le rôle de Stanislas offrait un puissant intérêt. C’est en effet un de ces braves Polonais qui, pendant vingt ans, s’associèrent à toutes nos gloires comme à tous nos revers. Ce personnage a été bien représenté par un amateur, qui nous a semblé, par son aplomb et toutes ses manières, n’en être pas à son coup d’essai. Des couplets patriotiques ont été chantés au milieu du plus vif enthousiasme, qui accompagnait aussi les airs nationaux exécutés par l’orchestre pendant les entr’actes. »

JOURNAL Politique et littéraire D’INDRE-ET-LOIRE Jeudi, 17 mars 1831

Église des Cordeliers dans Tours au XVIIIe siècle vu de la Loire (catalogue publié à l’occasion de l’exposition du 19 au 24 septembre 2025 dans l’ancienne chapelle Saint-Libert par la Société archéologique de Touraine) Seule la partie centrale est concernée.
Église des Cordeliers dans Tours au XVIIIe siècle vu de la Loire (catalogue publié à l’occasion de l’exposition du 19 au 24 septembre 2025 dans l’ancienne chapelle Saint-Libert par la Société archéologique de Touraine) Seule la partie centrale est concernée.
Plan des Cordeliers Archives départementales
Plan des Cordeliers Archives départementales

Jeudi 23 mars 1831 : concert en faveur des Polonais.

« L’assemblée la plus brillante assistait hier au concert donné en faveur des Polonais (…). Le concert a été écouté avec le plus vif intérêt, les morceaux qui le composaient étaient choisis avec goût et ont été exécutés avec un ensemble et une perfection qu’on osait à peine attendre d’une réunion d’amateurs, et qui sembleront plus extraordinaires si l’on considère le peu de jours qui avaient été consacrés aux répétitions. »

JOURNAL Politique et littéraire D’INDRE-ET-LOIRE, Jeudi, 24 mars 1831

Illustration : affiche du concert Archives départementales

La salle des Cordeliers

Le 15 avril 1791, Nicolas Bucheron, marchand-drapier à Blois, achète aux enchères le domaine des sœurs clarisses, La Guiche, à Chouzy-sur-Cisse. Il fait démolir l’église abbatiale, une partie du cloître et transforme le reste des bâtiments en closerie viticole1. Son frère, Pierre Bucheron2, négociant en textiles, installé à Tours, achète le 27 avril suivant, pour 24 800 livres, l’église et le couvent des Cordeliers datés du XIIIe siècle situés rue de la Scellerie3 et décide de transformer l’église en salle de spectacle privée. Le clocher est détruit et d’importants travaux d’aménagement sont entrepris.

Ouverte le 4 nivôse an V (24 décembre 1796) sous la direction d’Antoine Laurioux dit Saint-Romain, la salle des Cordeliers, appelée désormais Théâtre de la République, outre les opéras, opéras-comiques, concerts, proposera tout au long de son activité, des représentations variées : bals masqués, drames, tragédies, comédies, ballets, spectacles de funambules, de ventriloques, exercices de cordes … Selon Alexandre Giraudet dans son ouvrage publié en 1844 : Tours, ses monuments, son industrie, ses grands hommes, l’entrée des Cordeliers présentait une rangée de colonnes ioniques qui supportaient la terrasse du foyer et la salle, de forme ovale, et ses galeries pouvaient accueillir environ 800 personnes.

Hormis quelques fermetures temporaires pour travaux, la salle de la rue de la Scellerie sera active pendant près de 80 ans.

A l’époque des concerts pour les Polonais, Alexis Colleuille, chanteur et acteur est directeur de la salle. Vers 1795, ses parents, Alexis Cyr Colleuille et Marie Massot, sont installés comme marchands épiciers à Tours, au 163 rue de l’Armée du Nord. Sous Napoléon, il est lieutenant de lanciers puis démissionne de l’armée en 1815. Époux de Rose Munier, artiste dramatique, Alexis Colleuille, artiste lyrique, déclare la naissance de son fils Joseph, né le 4 juin 1821 à Tours au 163 Grande Rue Joseph Chaillou, directeur de spectacles, est témoin de naissance comme l’indique l’acte d’état-civil.

A suivre… (Travaux de recherche déposés propriété de Monsieur Jean Jude)


  1. Conférence de Jean-Paul Sauvage du 23 février 2017 publiée dans Les Amis du Vieux Blois. ↩
  2. Pierre Bucheron est né à Blois le 27 janvier 1754. Installé à Tours, il épouse le 23 novembre 1784 Marie Victoire Archambault de Beaune issue d’une famille tourangelle aisée et qui, à ce titre, disposait d’une dot importante. Le fils du couple, Jules, né en 1788, fut conseiller municipal à la mairie de Tours. Pierre décède le 7 septembre1835. ↩
  3. A l’époque, l’orthographe était Sellerie. Dans la même rue, du côté opposé aux Cordeliers, se trouvait l’église Saint-Vincent détruite en 1791. Un peu plus loin, à l’angle de l’actuelle rue de la Barre (anciennement rue Sainte-Marthe puis rue du Braquemart) se situait l’ancienne église Saint-Étienne. L’organiste titulaire était François Néricault-Destouches dont le fils, Philippe, fut comédien et dramaturge. Le prix d’achat des Cordeliers est indiqué dans le Bulletin Trimestriel de la Société archéologique volume 12 année 1900. ↩

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